Strasbourg, s.e., 1772 ; in-folio, 127 feuillets, demi-parchemin de l'époque, dos lisse, étiquette de titre manuscrite sur le plat supérieur (traces d'usage, coins émoussés, papier recouvrant le plat inférieur partiellement absent suite à un dégat des eaux).
Partition générale manuscrite d’une messe solennelle pour chœur et orchestre, dédiée à un prince de la maison de Lorraine et composée dans le contexte musical du chapitre de la cathédrale de Strasbourg dans les dernières décennies de l’Ancien Régime. L’œuvre est écrite pour un effectif vocal et orchestral caractéristique des messes solennelles avec orchestre de la seconde moitié du XVIIIe siècle, comprenant deux cors, deux hautbois, deux violons, alto, basse ou basson avec basse continue, auxquels s’ajoutent les cinq parties vocales de la tradition française — dessus, haute-contre, taille, basse-taille et basse. La partition comporte les principales sections de l’ordinaire de la messe, notamment Kyrie, Gloria in excelsis, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei et Dona nobis pacem, avec indications de reprises et de renvois (da capo, dal segno), conformément à la pratique musicale liturgique de l’époque. Le manuscrit s’ouvre sur une page de dédicace calligraphiée, ornée d’un frontispice héraldique à la plume représentant les armes d’un prince de Lorraine timbrées d’une couronne et soutenues par deux aigles. L’écu, de composition complexe, reprend les principales armes dynastiques associées à la maison de Lorraine dans sa forme du XVIIIe siècle. On y distingue notamment la bande chargée de trois alérions qui constitue l’emblème traditionnel du duché de Lorraine, accompagnée d’autres quartiers dynastiques correspondant aux héritages et alliances de la maison ducale — notamment Hongrie, Anjou et Brabant — réunis dans un écu composite tel qu’il apparaît dans les représentations héraldiques des princes lorrains sous l’Ancien Régime. L’ensemble est sommé d’une couronne princière et encadré de deux aigles héraldiques, motif fréquent dans l’iconographie dynastique lorraine du XVIIIe siècle, évoquant à la fois la dignité princière et les liens de la maison de Lorraine avec la tradition impériale. La dédicace est adressée « à Monseigneur le Prince de Lorraine, abbé commandataire de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille et de Jumièges, grand doyen du chapitre de la cathédrale de Strasbourg ». La combinaison de ces titres permet d’identifier avec une forte probabilité le destinataire comme François-Camille de Lorraine-Armagnac (1726-1788), prince de la maison de Lorraine, ecclésiastique et dignitaire, abbé commendataire de Saint-Victor de Marseille et de Jumièges, et personnage étroitement lié aux institutions ecclésiastiques strasbourgeoises dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La formule employée dans la dédicace indique que l’œuvre est offerte comme « le fruit d’un travail entrepris par votre ordre », ce qui suggère une composition ou une mise en musique réalisée dans le cadre direct du patronage de ce prince. La signature placée au bas de la dédicace se lit Mongeot, graphie qui correspond à l’une des formes attestées du nom du musicien Jean Mongeot, également orthographié Mougeot, Mongeau ou Mougeau dans les sources du XVIIIe siècle. Jean Mongeot est connu comme chantre et musicien attaché à la cathédrale de Strasbourg à partir de la décennie 1760, actif dans la vie musicale ecclésiastique de la ville pendant la période précédant la Révolution. La date portée sur l’étiquette du volume — 1772 — correspond précisément à cette période d’activité. Dans ce contexte, l’attribution de la messe à ce musicien apparaît hautement plausible, bien que les sources conservées sur son activité de compositeur restent rares. Le manuscrit constitue ainsi un témoignage particulièrement significatif de la pratique musicale liturgique à Strasbourg dans les dernières décennies de l’Ancien Régime, période durant laquelle les chapitres cathédraux et les établissements ecclésiastiques importants continuaient à entretenir un répertoire de messes solennelles pour chœur et orchestre. Par sa dédicace nominative, son frontispice héraldique et son contexte institutionnel précisément identifiable, cette partition illustre le rôle du patronage aristocratique et ecclésiastique dans la production musicale religieuse de la France du XVIIIe siècle, et témoigne de l’activité musicale associée au chapitre de la cathédrale de Strasbourg sous l’influence des princes de la maison de Lorraine. Manuscrit d’un intérêt notable pour l’histoire de la musique religieuse française du XVIIIe siècle, pour l’étude de la vie musicale strasbourgeoise et des musiciens d’église de l’Ancien Régime. Par la réunion d’une dédicace développée, d’un frontispice armorié identifiable et d’une partition complète de grande ampleur, il constitue un document particulièrement rare et précieux pour l’histoire du mécénat musical ecclésiastique dans l’orbite des princes de Lorraine. Quelques traces d'humidité en marge des 15 derniers feuillets, sans gravité.
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